Interview

Sarah Vuoppola, la Suédoise chez les célèbres Helsinki Rockettes (partie 1)


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Après avoir essayé différents sports comme l'équitation ou le football, Sarah (en haut - au centre) a choisi de se consacrer au patinage. (Crédits: Skate Synchro Photo)

Agée de 26 ans, Sarah Vuoppola est née en Suède, à Göteborg. Il y a deux ans et demi, elle a décidé de suivre son cœur et de rejoindre l'équipe de ses rêves : Helsinki Rockettes. En dehors du patinage, elle étudie le design d'intérieur et travaille dans un café-théâtre à Helsinki. Dans cette première partie d'interview, découvrez son histoire et ce qui l'a poussé à changer de vie!

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Comment as-tu commencé le patinage?

Sarah Vuoppola: Petite, j'avais une idole qui était une amie de la famille. Je voulais faire tout ce qu'elle faisait, alors comme elle faisait du patinage, moi aussi je devais en faire. Aussi, mon frère jouait au hockey et après ses entraînements, il y avait les pratiques de patinage artistique. J'ai juste regardé ma mère avec de grands yeux et j'ai dit: "Maman... Je veux faire ça!". J'ai donc commencé à patiner vers l'âge de 4 ans.

Dans quelle équipe as-tu patiné avant les Rockettes?

J'ai commencé dans un club où il n'y avait que du patinage synchronisé, à «Ytterby Kungälvs Konståkare». J'y ai patiné jusqu'à ce que je puisse faire une dernière saison dans la catégorie Novice. Avec mon équipe, Team Harmony, nous venions de remporter les championnats nationaux mais j'avais envie de relever de nouveaux défis et essayer quelque chose de nouveau. Ainsi, avec trois de mes coéquipières, nous avons commencé à contacter d'autres clubs à Göteborg pour passer des essais. Nous nous sommes retrouvées dans «Göteborgs Konståkningsklubb Synchro». J'ai patiné dans l'équipe Junior et Sénior (Team Convivium et Team Boomerang).

Si je compare à la Finlande, il y a une grande différence dans le nombre de patineurs: en Suède, nous en avons beaucoup moins! Il est donc plus difficile pour nous d'avoir des équipes complètes. Il n'est pas rare de voir certains patineurs concourir dans deux catégories en même temps. Par exemple, j'ai concouru en Novice et en Junior (Team Harmony et Team Rhapsody) en même temps et ensuite, en faisant Junior et Sénior.


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Quand et pourquoi as-tu décidé de partir en Finlande?

Pendant de nombreuses années, mon objectif était qu'avec mon équipe, Team Boomerang, nous soyons l'une des cinq meilleures équipes du monde. Mais année après année, j'avais l'impression que nous avions des objectifs pour l'équipe que nous ne pourrions pas vraiment atteindre. Chaque saison commençait toujours avec une nouvelle énergie pour moi: j'étais enthousiaste avec de nouveaux objectifs et de nouveaux rêves. Mais d'une manière ou d'une autre, je finissais par ressentir de la déception à la fin de la saison. Je pense que c'est la raison pour laquelle j'ai commencé à vouloir partir ailleurs.


Je me souviens particulièrement de ce que je ressentais après presque chaque championnats du monde auquel j'ai participé. C'était la journée du programme libre, avec mon équipe nous étions encore sur la glace et la compétition était terminée pour nous. Nous n'avions pas vraiment atteint nos objectifs. J'étais déçue. Ensuite, nous sommes allées dans les estrades pour regarder le dernier groupe. J'étais partagée dans mes émotions : d'un côté j'étais excitée de voir mes idoles sur la glace, mais de l'autre j'étais aussi en colère d'être assise dans les tribunes. Je voulais être sur la glace, je voulais être une de ses patineuses qui patinent dans le dernier groupe aux championnats du monde. Je ne voulais pas simplement les regarder, mais je savais qu'un jour j'y arriverais. 

Même si j'ai eu ce rêve pendant de nombreuses années, mais il était difficile pour moi de faire mes valises et de partir simplement parce que les choses ne se passaient pas comme je le voulais. J'avais l'impression de trahir mon équipe, de choisir une "sortie facile". J'ai été capitaine durant de nombreuses années, en junior mais aussi en sénior, ce qui m'a probablement rendue encore plus impliquée dans l'équipe. Je ne pouvais tout simplement pas partir, c'était tellement égoïste, mais je savais aussi que je n'atteindrais probablement pas mes objectifs si je restais...

Pourquoi as-tu choisi de partir patiner pour Helsinki Rockettes?

Quand j'ai commencé à planifier ce que je voulais faire après ma dernière saison en Suède, j'ai pensé à différentes options. Je voulais faire partie d'une équipe de la meilleure nation. J'ai pesé le pour et le contre avec les différentes équipes, je savais que ce serait difficile, surtout mentalement, pour moi de partir et de commencer à patiner dans une nouvelle équipe.

Pendant longtemps, j'ai patiné pour le même club et pour les mêmes entraîneurs, j'étais habituée à participer aux compétitions que nous faisions. J'étais consciente que ce serait un défi pour moi, surtout après avoir été si confiante et calme pendant tant d'années.

Avant de me décider, j'ai essayé d'être réaliste et je me suis posée plusieurs questions comme: Qu'est-ce qui est proche de chez moi? Où aurais-je le plus de chance de m'adapter? Quel type de personnalité je recherche chez mon entraîneur? Quel type de patinage j'aime? Quelles sont les programmes que j'aime regarder? Quelle équipe serais-je fière de représenter?

J'en suis arrivée à la conclusion que Helsinki Rockettes serait cette équipe, et même si je ne la connaissais pas beaucoup, j'ai quand même décidé d'essayer.



Comment se sont déroulées les auditions?

Concernant l'audition, j'ai été en contact avec Kaisa (n.d.l.r. la coach principale des Helsinki Rockettes) pendant un certain temps avant les championnats du monde 2018 à Stockholm et elle m'a dit qu'elle viendrait regarder la compétition. Je lui ai aussi envoyée des vidéos pour qu'elle puisse me repérer plus facilement sur la glace.

Quelques semaines avant notre départ pour les Mondiaux, j'ai commencé à douter de moi. À chaque pratique, je n'avais que des pensées négatives qui me traversaient la tête. "Est-ce que Kaisa va aimer ça? Est-ce qu'elle va me laisser venir en Finlande si je fais mes twizzles comme cela? Est-ce qu'elle va penser que je suis assez bonne? Si je tombe à la compétition, est-ce que j'ai raté ma chance?"

Durant plusieurs entraînements, j'étais obnubilée par une seule chose: "Qu'est-ce que Kaisa va penser?" Heureusement, j'ai réussi à me calmer et je me suis concentrée uniquement sur l'équipe et nos performances. Je pense que je n'ai jamais été aussi calme avant un championnat du monde, même si celui-ci avait lieu à la maison! 

Aussi, comme je ne pouvais pas assister aux auditions des Rockettes, j'ai été invitée à venir m'entraîner avec eux pendant quelques jours après les Mondiaux. J'étais évidemment nerveuse, je savais qu'ils regardaient tout ce que je faisais, mais j'avais confiance en moi et j'ai juste essayé de faire de mon mieux.


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Tu es la première patineuse étrangère de cette équipe, comment as-tu vécu ce changement et ton intégration?

Déjà, je suis super fière. Je n'ai jamais pensé qu'il serait possible de patiner dans une équipe en Finlande. Il y a toujours eu une rumeur, du moins en Suède, selon laquelle "les équipes finlandaises n'acceptent pas les patineurs étrangers". J'ai senti que la Finlande était la seule option qui m'intéressait, alors je me suis dit qu'il ne se passerait rien de mal en essayant.

Evidemment, j'étais prête à ce que cela soit dur, et ce fut le cas. Je ne comprenais rien et mes coéquipières devaient me traduire les corrections. (Le Finnois est difficile!) Les applications de traduction sont probablement celles que j'utilise le plus depuis que j'ai déménagé!


Le patinage était également très différent pour moi. Je suis entrée dans un nouveau monde. J'avais l'impression de recommencer à zéro. C'était excitant mais en même temps si effrayant.

Quand je suis arrivée chez Helsinki Rockettes, tout était si nouveau: de nouveaux entraîneurs, de nouvelles coéquipières, une nouvelle façon de s'entraîner et tout d'un coup, je suis passée de super confiante à me remettre en question à chaque seconde. J'attendais beaucoup de moi, je voulais vraiment être à la hauteur.

Je savais que faire partie des Rockettes était déjà quelque chose de spécial, mais cela ne me suffisait pas. J'ai toujours eu la facilité d'apprendre de nouvelles choses en patinage, et je n'avais pas du tout peur sur la glace. Tout a changé en arrivant là-bas: j'avais dorénavant peur de faire les choses les plus élémentaires. Il m'a fallu du temps pour reprendre confiance en moi et j'ai essayé de beaucoup travailler sur moi-même à la maison.


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Sarah avec Helsinki Rockettes. (Credits: SynchroPhoto.eu - 2019)

Quels conseils as-tu à partager pour faciliter l'immigration dans un pays ou pour s'intégrer dans une nouvelle équipe?

Mon premier conseil serait d'essayer de vous préparer le plus possible avant de partir. Rédigez une liste de tout ce qui doit être fait et faites-le immédiatement une fois sur place. Je recommanderais aussi d'apprendre la langue, cela rendra votre vie un peu plus facile!

Ensuite, je pense qu’il est également important de rester positif. Bien sûr, chacun a sa propre expérience d’aller dans un nouveau pays et une nouvelle équipe. Mon expérience est vraiment bonne mais c'était aussi difficile pour moi au début. C’est différent et il peut être difficile de trouver des emplois, des appartements, de comprendre la langue et je dirais que l'on peut se sentir un peu seule au début car nous n'avons pas de famille ou d'amis proches au début. En revanche, c’est une aventure et si vous avez la chance de le faire, saisissez-la!

À suivre...
Pour connaître la suite des aventures de Sarah avec les Helsinki Rockettes et savoir comment l'équipe gère cette saison particulière... ne manquez pas la suite de l'interview!