Interview

Junost: "Tolérer les faiblesses, se comprendre et s’entraider"


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À quelques heures du début des championnats nationaux en Russie, la grande famille de Junost a fêté dignement cet anniversaire. /Credits: Junost

Cette année, l'équipe russe junior Junost a célébré son 20e anniversaire. L'équipe est entraînée depuis le départ par Natalia Sannikova, Elena Moshnova et Mikhail Pavluchenko. Ils venaient tous d’endroits différents, mais ils étaient tous unis par l’amour de la synchro. Ce trio a entraîné plus d'une génération de champions.


Le parcours professionnel de l’équipe, qui a débuté en 1998, n’a pas été simple: rotation dans les membres, difficultés financières, blessures, etc. Cependant, ces obstacles majeurs n'ont pas réussi à arrêter le développement de l’équipe. De nos jours, Junost occupe la première place sur la scène internationale. Comment ont-ils fait? Interview avec Natalia Sannikova et Elena Moshnova.

Comment avez-vous eu l'idée de créer une équipe? Raconte-nous l'histoire de sa création.
Natalia Sannikova - J’avais travaillé dans le théâtre sur glace, et nous avons monté des pièces de théâtre pour le Nouvel An, auxquelles participaient de nombreux enfants de niveaux différents. Un jour, j’ai reçu une cassette sur le «Patinage de précision» et on m’a demandé de me lancer dans le patinage synchronisé. Cela semblait vraiment intéressant et prometteur. Cependant, la synchro ne se pratiquait pas avec une aussi belle intensité il y a 20 ans. Nous nous sommes lancés. Vladimir Shesternin, responsable du département patinage sur glace du complexe sportif «Junost», a suggéré de créer une équipe dans ce complexe. J'ai accepté et, nous avons commencé à travaillé avec Elena.

Comment tout cela a commencé?
Elena Moshnova - Eh bien, une équipe synchro avait déjà été créée un an auparavant à Pervouralsk, la ville voisine. Nous sommes arrivés là-bas pour voir ce qu'était le vrai patinage synchronisé. Nous avons appris d'eux. Je me souviens encore de leur programme «Le fantôme de l'opéra» qui nous a tellement impressionnés. Tout était nouveau et inhabituel pour nous à cette époque.

À quoi ressemblaient vos premiers programmes?
Natalia Sannikova - Oh, nous avons eu «Sirtaki» comme programme court et «For Russian Public» de Strauss. En un an, nous avons même participé à nos premiers Nationaux Russes à Saint-Pétersbourg.
Elena Moshnova - Nous avions les mêmes maillots roses pour deux programmes. Nous avons donc mis les robes blanches pour le court et les robes lilas pour le libre. Dans ces tenues, nous avons participé aux Nationaux.


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Le Team Junost (au centre) lors des championnats du monde juniors en 2017. /Credits: Junost


Ce championnat a-t-il influencé le développement de l’équipe?
Natalia Sannikova - Lors de ces compétitions nationales, qui ont eu lieu en 1999, nous avons été confronté à de fortes équipes venant de Samara, Kazan et les Paradise de Saint-Pétersbourg. Ils nous apparaissaient comme des dieux et nous ont impressionnés. Pour nous, la synchro était quelque chose de tout nouveau. Nous nous sommes mis au travail pour préparer quelque chose de plus ambitieux que de simples pièces pour le Nouvel An.
Elena Moshnova - Nous avons progressivement commencé à sélectionner des athlètes pour l’équipe, des danseuses sur glace et des patineurs en solo. Nous avons commencé à renforcer l'équipe.
Natalia Sannikova - À ce propos, Elena était une danseuse sur glace et moi-même je patinais individuellement auparavant. Nous avons donc acquis de bonnes compétences en patinage. Ainsi, étape après étape, nous avons créé notre propre vision de la synchro et notre style personnel. Nous avons toujours pris en compte les remarques et les corrections. Néanmoins, lorsque vous tentez d'apprivoiser une nouvelle discipline, il est tout à fait normal de faire des erreurs. En 2000, nous avons terminé les championnats russes à la 2e place!

Et quand avez-vous rencontré Mikhail Pavluchenko?
Après ces compétitions à Kazan, nous avons dîné au restaurant, où au même moment se déroulait un mariage. Les invités dansaient sur “Hava Nagila”. Elena et moi avons tout de suite compris que c'était une bonne idée de prendre cette musique pour le prochain programme. Oh, c'était un programme génial! Et puis Mikhail nous a rejoint et nous travaillons ensemble depuis ce jour. Pour rappel en 2001, nous sommes devenus champions nationaux russes pour la première fois avec ce programme.


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Les Junost durant la saison 2010-11. /Credits: Junost 


Vous souvenez-vous de votre première compétition internationale?
Natalia Sannikova - Lorsque nous avons remporté les championnats russes, se déroulait la première Coupe du Monde Junior Challenge. C’est ainsi que nous sommes allés en Suisse. Neuchâtel fut d'ailleurs notre compétition préférée. En fait, nous avons terminé quatrième en nous disans que la Russie pourrait un jour se retrouver sur le podium! L'année suivante, nous avons finalement pris la 2e place! Il n'y avait pas de limites à la joie! C'était un vrai triomphe!
Elena Moshnova - J'ai été invitée au séminaire international en Suède, où de nombreux aspects de la préparation de l’équipe synchro ont été abordés, par exemple, comment créer une bonne ambiance de travail au sein de l’équipe et en faire une famille. Ce voyage a été très utile.

Quelles difficultés avez-vous rencontré sur votre chemin?
Elena Moshnova - Nous avons eu beaucoup de difficultés lorsque le système de jugement a été modifié. Il me semble que c'était en 2006. Nous sommes arrivés aux Mondiaux en Finlande et n'avons gagné que 16 points pour le programme court parce que nous avions mal défini les éléments. La raison en est que j’avais l'habitude de traduire moi-même toutes les règles à l'aide d'un manuel ou d'un dictionnaire en anglais et de mon expérience personnelle. Quand nous avons vu nos scores, nous ne pouvions pas y croire! L’équipe était vraiment forte, cependant, nous avons terminé à la fin du classement. C'était une bonne leçon. Aujourd'hui, le règlement et tous les autres documents spéciaux sont traduits par Uliana Chirkova (membre du comité technique ISU, juge de la catégorie internationale ISU), ce qui facilite grandement la situation! Nous avons eu un obstacle également en 2011: la composition de l'équipe a beaucoup changé. Nous n’avions même pas de patineurs en réserve. Nous nous sommes donc retrouvés 8èmes, 10èmes et même 11èmes… Tout était très instable. C’est pourquoi nous portons toujours une attention particulière à cet aspect et préparons d’avance une réserve solide de patineurs pour les coups durs.
Natalia Sannikova - Oui, nous avons compris beaucoup de choses, et il y a eu des hauts et des bas. Cependant, personne ne devient champion sans jamais tomber, il faut tomber pour réussir à remonter!

«Fire Bird» - votre programme libre de la saison 2016-2017 vous a apporté la première victoire aux championnats du monde au Canada. Qu'est-ce qui vous a inspiré pour sa création?
Natalia Sannikova - Tout commence avec la musique, mais c’est incroyablement difficile de choisir. Parfois, le choix de la musique peut être un véritable supplice. À la fin de la saison, j'écoute toujours beaucoup de choses dans ma voiture. Parfois, vous aimez la musique, mais sur la glace, elle peut sonner de manière complètement différente en raison d’une autre acoustique. Ou parfois, un morceau de musique a l’air merveilleux mais c’est inconfortable de patiner dessus. Cependant, je ne suis pas seule à faire le choix. Nous choisissons toujours la musique pour nos programmes ensemble. La musique fera alors tout le travail et il vous suffira de danser dessus en y amenant votre style personnel. «Fire Bird» de Igor Stravinsky est une musique très difficile et inhabituelle car sa mélodie n’est pas claire. Quand je l'ai entendue pour la première fois, j'ai tout de suite compris qu'il devait être patiné par un «oiseau». J'y pensais depuis deux ans et l'idée vivait secrètement comme un rêve. Et finalement, ça s'est réalisé!
Elena Moshnova - À propos, les bras pleins de plumes des patineurs sont devenus l'élément central et si mémorable du programme.


Vous présentez chaque année des performances innovantes et techniquement solides! Quel est votre secret?
Natalia Sannikova - Nous avons une bonne équipe d'entraîneurs. Nous nous entendons tous et recherchons les mêmes choses. Objectifs communs et compréhension mutuelle, je pense que c'est notre secret.
Elena Moshnova - Oui, le secret est notre trio. Tout le monde fait son travail.

Comment décririez-vous l'atmosphère au sein de l'équipe? 
Natalia Sannikova - Confiance réciproque et désir insensé d’atteindre le but recherché. L’équipe doit avoir une bonne ambiance de travail. C’est très important d’être capable de tolérer les faiblesses des autres, de se comprendre et d’aider, si cela est nécessaire. Nous enseignons ces choses à nos filles. Et, vous savez, lorsque nous arrivons aux compétitions, je suis heureuse pour notre équipe. Cependant, vous ne devez pas être gentil sur la glace, vous devez être en colère contre le sport, car le sport est une lutte. Alors, sur la glace - combattez, mais en dehors de la patinoire - soyez bons les uns envers les autres!
Elena Moshnova - En un mot… Objectif. Chaque équipe devrait avoir un objectif qui dépasse les intérêts personnels. Le noyau de l’équipe est très important pour chaque collectif, à savoir les filles qui patinent dans Junost depuis des années doivent pouvoir transmettre les idées de l’équipe aux futures générations. Nous expliquons toujours à nos filles: si vous jouez à un niveau aussi élevé, vous devez être de bons exemples. La manière dont vous parlez aux gens et comment vous vous comportez, tout cela est très important.

Quelles sont pour vous les qualités d'un champion?
Natalia Sannikova - "Industriousness"... Ne pas s'apitoyer sur soi-même.
Elena Moshnova - Confiance en soi et détermination.

Quels sont les objectifs pour cette saison?
Natalia Sannikova - Bien performer: clairement, honorablement et avec confiance.
Elena Moshnova - Bien performer. Pour ne pas avoir honte.

 


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Le trio qui entraîne l'équipe Junost depuis vingt ans. /Credits: Junost


L'amour est contagieux et créatif. Junost confirme ce fait. Ainsi, l’incroyable amour des entraîneurs pour le patinage synchronisé et leur dévouement pour la cause affectent les patineurs. La plupart des patineurs qui terminent leur carrière sportive continuent sur la voie du patinage synchronisé. Ils deviennent des entraîneurs, créent de nouvelles équipes, jugent les compétitions. D'autres deviennent des spécialistes demandés dans n'importe quel secteur, grâce aux compétences acquises du travail d'équipe et à la capacité de poursuivre leurs objectifs. Mais surtout, ils deviennent de bonnes personnes.

De nos jours, Junost jouit d’une solide crédibilité dans le patinage synchronisé. Grâce à leur engagement envers la musique classique, l’équipe a acquis son individualité et sa reconnaissance. Le style de patinage spécial de Junost s’est formé. Toutes ces réalisations se traduisent par des victoires et des performances impressionnantes.

Pour rappel, l'équipe Junost c'est….

- 16 titres de champion de Russie
- Une médaille de bronze aux championnats du monde juniors à Helsinki, Finlande, 2013
- Deux médailles d'or à la French Cup à Rouen, France, 2017, 2018
- De l'or encore à la Mozart Cup à Salzbourg, en Autriche, en 2018
- Deux titres de champion du monde junior à Mississauga, Canada, 2017 et Zagreb, Croatie, 2018.

En novembre 2018, Elena Moshnova et Natalia Sannikova ont été récompensées en tant qu'entraîneures par la Fédération de Russie.


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