Interview

"Je sais dans mon cœur qu'il est temps de passer à autre chose"


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Jordan Alexander a patiné avec les plus grandes équipes américaines, comme Haydenettes et Skyliners. (Credits: Roy Ng Photography)

À 24 ans, la patineuse synchro Jordan Alexander prend sa retraite du monde du patinage après 19 saisons de synchro et 12 ans comme représentante de l'équipe nationale des États-Unis. Originaire de la banlieue de Chicago, l'athlète, qui vit désormais dans la région de New York, prévoit de rester très impliquée dans le sport.

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Avant tout, pourriez-vous nous en dire un peu plus sur vous?

Jordan Alexander: J'ai commencé à patiner à l'âge de 4 ans dans une patinoire locale avec ma sœur aînée et des amis du quartier. Il y avait de nombreuses équipes de synchro et après quelques mois de cours collectifs, j'ai pu rejoindre la plus jeune des équipes synchro. Au départ, ce n'était qu'un hobby. Je crois que j'ai commencé à vraiment prendre ça plus au sérieux une fois que j'ai commencé dans l'équipe novice. Cette année-là, j'ai appris que nous représenterions l'équipe des États-Unis au Trophée Leon Lurje, c'était en 2008. C'était la dernière année que les patineurs novices des États-Unis pouvaient concourir sur la scène internationale, et c'est finalement devenu pour moi un moment charnière dans ma carrière. C'est vraiment ce qui m'a donné le goût pour cette discipline.

L'année dernière a été ma 19ème saison de patinage synchronisé et ma 12ème année à représenter l'équipe des États-Unis. J'ai récemment patiné pour Skyliners Seniors (de 2018 à  2020) et j'ai eu l'honneur de faire partie de la première équipe Skyliners Seniors à se qualifier pour les Championnats du monde. Avant cela, j'ai patiné pour les Haydenettes pendant trois saisons et pour Starlights Seniors (maintenant appelés Starlights Junior).


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Jordan avec sa première jaquette du Team USA en 2008, puis douze ans plus tard en 2020.

Vous terminez votre carrière de patineuse synchro cette saison. Comment vous sentez-vous?

Quand j'ai appris que les Championnats du monde allaient être annulés cette année, j'en ai eu le cœur brisé. Nous avions monté nos programmes dans l'aréna même où l'événement devait avoir lieu, et tout au long de la saison, je visualisais présenter nos programmes devant un stade rempli à guichets fermés. Ne pas avoir la chance de vivre ce moment fut très difficile, mais c'était  bien entendu la bonne décision pour notre société. Depuis, j'ai retrouvé la paix en moi et je profite de moments sans stress avec ma famille.

Pourquoi avez-vous choisi de ne pas continuer à patiner?

J'ai eu une carrière incroyable qui m'a permis de performer dans toutes les épreuves dont un patineur synchro peut rêver - les Championnats du monde, le Shanghai Trophy, la Finale du Grand Prix, Stars on Ice et les compétitions internationales annuelles. Pendant plusieurs années, j'ai même pu patiner avec (et puis ensuite contre) ma sœur aînée. Même si j'ai eu la chance de vivre tous les plus grands événements, la seule chose qui m'a toujours semblé manquer était de patiner avec ma sœur cadette. Et puis, l'année dernière, j'ai enfin eu cette opportunité et maintenant je sens que j'ai vraiment accompli tout ce que je voulais dans le sport.


La décision a-t-elle été difficile à prendre?

Oui et non. Les Mondiaux étant annulés, la fin de mon parcours est arrivée plus tôt que prévu. C'est sûr que j'aurais souhaité chanter encore une fois notre Defying Gravity à pleins poumons, donner à mes coéquipiers ces dernières pressions de la main et leur dire encore une fois à quel point je suis fière d'eux. Cependant, ces derniers moments ne sont jamais arrivés et j'ai finalement dû accepter cela.

Comme je savais depuis un moment que ça allait être ma dernière saison en tant qu'athlète, j'ai essayé de planifier cette transition de manière proactive, anticiper du mieux que je pouvais. J'ai vu beaucoup d'athlètes quitter le sport et ressentir une sorte de perte d'identité une fois qu'ils n'étaient plus patineurs. Avant de quitter le monde compétitif, j'ai donc exploré plusieurs façons de faciliter cette transition, notamment en décrochant un emploi à temps plein sur lequel je pourrais dès lors me concentrer et j'ai aussi cherché de nouveaux passes-temps pour combler une partie de mon temps libre.


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Quel est votre meilleur souvenir avec les Skyliners Seniors?

Il est difficile d'en choisir un car il y en a tellement. Quand j'y repense, ils me font sourire. Mon moment préféré je crois, c'était ma première compétition avec l'équipe. Nous étions à Anaheim, en Californie, et venions de terminer notre programme court. Les scores n'avaient pas été annoncés après le programme, mais en quittant le vestiaire, nous avons découvert que nous avions gagné. C'était juste de la pure joie. Ce fut les plus belles embrassades et les cris les plus authentiques que j'ai vécu.

Qu'est-ce que ce sport vous a appris?

Comme la plupart des sports, le patinage synchronisé m'a appris le travail d'équipe, la persévérance, la responsabilité et l'engagement. Tout ça, on peut facilement le mettre dans un CV d'ailleurs, même si ce sont des qualités que d'autres sports amènent aussi. Cela mis à part, il y a une leçon que j'ai apprise à travers le sport qui a eu un impact significatif sur ma vie: j'ai appris à savoir comment réagir lorsque la vie ne se déroule pas comme prévu. En synchro, il y a 32 lames sur la glace. En un instant, quelque chose peut arriver et tout renverser. La synchro nous apprend à nous relever et à continuer d'avancer comme si de rien n'était (le tout sans perdre son calme bien sûr). Pour tous ceux qui se sentent stressés par l'incertitude de ces temps de crise, souvenez-vous que même si vous tombez, la synchro vous a déjà appris à vous relever.

Pensez-vous que le patinage synchronisé vous manquera?

Bien sûr! Il faut beaucoup de temps pour devenir un athlète et accéder au succès, donc cela prendra aussi beaucoup de temps pour s'en éloigner. Il y aura toujours une partie de moi qui souhaitera pouvoir revenir en arrière et tout recommencer. Mais même si ça me manque, je sais que dans mon cœur, il est temps de passer à autre chose.

Envisagez-vous de rester impliquée dans le sport?

Même si je ne suis toujours pas certaine de mes futurs plans, j'espère pouvoir commencer à juger et à commencer le coaching. Je me suis déjà inscrite pour suivre les cours de juge et j'ai la chance d'avoir un mentor pour m'aider tout au long du processus. De plus, j'ai eu la chance d'avoir été invitée pour faire du coaching l'année dernière. Une fois que les entraînements en équipe pourront recommencer, j'espère donc pouvoir en faire plus.


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Jordan Alexander vient de Chicago et vit près de New York, deux endroits durement touchés par le COVID-19. (Credits: Ice Galaxy - 2019)

Justement, quelle est la situation actuellement près de New York avec le coronavirus? 

La grande région de New York compte plus de 300'000 cas. Heureusement, les choses commencent à s'améliorer, le nombre de nouveaux cas quotidiens est en baisse depuis quelques semaines. Les patinoires près de Chicago ont rouvert et les patinoires du Connecticut que je connais aussi ont été autorisées à ouvrir la semaine dernière.

Quels sont vos projets désormais?

Bien avant de prendre ma retraite, j'ai commencé à réfléchir à la façon dont je pouvais canaliser toute l'énergie que je mettais avant dans le patinage, vers autre chose. J'avais besoin de trouver quelque chose qui me passionnait. J'ai également réalisé que j'avais encore envie d'apprendre et de me lancer des défis. Une fois que tout sera à nouveau réouvert, j'espère aussi commencer le patinage de vitesse. J'ai essayé aussi le patin à roulettes et ce fut une expérience formidable. C'est assez proche du patinage pour que je ne me sente pas comme une débutante, mais assez différent pour que cela présente des défis et je suis contente d'apprendre une nouvelle compétence.

Mon expérience de synchro n'aurait pas été possible sans l'équipe d'entraîneurs, le staff, mes  amis et ma famille qui m'ont encouragée et poussée à ne jamais abandonner. Un grand merci à toutes les personnes qui ont contribué à faire de mes rêves une réalité.